Bonjour Gillian :-)
Je commente d'abord ton premier post. Réponds surtout pour toi dans les questions que je sème (sinon, on va finir par pondre des livres :-) ).
Réserve les réponses écrite pour les questions dans le résumé final qui est sous le trait, en bas :-)
Je voulais tout de même préciser que, même si j'ai lu un certain nombre de livres, ce que je dis depuis le début vient de mon expérience directe.
Oui, ce centrage sur ton expérience directe se perçoit chez toi. Et c'est un atout notable. On évite de déconstruire certaines représentations sans fondement. Tu as déjà fais un travail de tri :-)
Ce que je comprends fait désormais partie de mon expérience. Ce que je ne comprends pas, je le laisse. Même si cela a l'air particulièrement alléchant... pour le moi! Lorsque je relis un livre de spiritualité, je le trouve chaque fois différent.
Mais bien entendu j'ai été modifiée par cette expérience ou cette lecture. Ce que je ressens, dans cette compréhension, ce n'est pas une accumulation pour nourrir le moi, mais une abolition des limites.
Oui, dans mon expérience, concernant ce qu'on est, la compréhension est vivante, pas accumulation de savoir et passe effectivement par une déconstruction, l'élimination du faux, de ce qu'on n'est pas.
Note que ton ressenti d'abolition des limites suggère la non existence d'un moi, d'une unité délimlité, séparée. D'où la question centrale qui est "ce moi dont j'essaie de comprendre le fonctionnement existe-t-il ?
Je précise également que ma démarche de base n'est pas de "voir à travers l'illusion du moi", mais d'essayer de comprendre comment il fonctionne. C'est dans ce sens que j'ai dit au départ que je ne suis pas sure de correspondre au concept LU. Les deux se rejoignent, mais il y a une petite nuance. J'ai parcouru quelques conversations avant de m'inscrire, et, souvent, les inscriptions ici correspondent à des personnes qui recherchent la paix, la fin d'une souffrance. Dans ce sens, voir l'illusion du moi devient la récompense à atteindre...
Oui, dans ceux qui viennent sur ce forum, il y a une forme de souffrance, une recherche de paix. Avec différentes nuances. Certains sont assez tourmentés, d'autres peuvent être rapprochés de ton profil, qui est aussi une recherche de paix et une souffrance relative, dans le sens où la recherche qui te tire sur ta piste est une forme d'incomplétude (et on parlera plus d'inconfort que de souffrance :-) ). Sans cet « inconfort », tu ne serais pas là, tu n'aurais pas lu certains livres ... :-)
Je précise également que ma démarche de base n'est pas de "voir à travers l'illusion du moi", mais d'essayer de comprendre comment il fonctionne.
C'est en fait la même chose. Comme tu l'écris, les deux se rejoignent.
C'est juste que tu n'as pas remis en question, dès le départ, l'hypothèse de son existence réelle :-) , ce qui est le parti-pris du forum. Mais ta démarche t'amène aussi là , à la constatation que le moi est une illusion(dans le sens où il est une pensée et pas une réalité), je peux en témoigner. La question de la réalité du moi est incluse dans le fait d'essayer de comprendre comment il fonctionne.
Pour ceux qui viennent en souffrance, la récompense recherchée est la fin de la souffrance, pas "voir l'illusion du moi". C'est en questionnant l'origine et la nature de la souffrance qu'on comprend qu'elle est liée à la croyance et l'identification à un moi (mais là, c'est une donnée intellectuelle... Il faut le réaliser, le comprendre profondément. C'est le but de ces échanges)
Je n'ai rien contre le moi, je l'accueille avec bienveillance, j'essaye seulement de comprendre ce qu'il est. Et si cela le fait disparaître, pas de problème :-)
En es-tu sûre ? Tu as relevé ça :
« C'est marrant comme l'idée de parler de ce "moi" fait naître une tentation de fuite! :D », relié à ça « Je n'ai pas décelé de peur particulière. Juste mon cerveau qui avait envie de ne pas être dérangé. Comme lorsque je dois faire des paperasses et qu'il fait beau dehors :-) »
Il faut savoir qu'il est souvent observé une résistance, voire des peurs lorsque l'idée que le moi n'existe pas est approchée. La peur, la tension, l'irritation, la colère, l'angoisse à des degrés divers est consubstantielle au Moi ( plus précisément à l'identification à la représentation, la pensée Moi).
Il est bon de le savoir, d'être attentif, consciente du fait que des résistances (sous forme d'irritations, stress, peur) peuvent se manifester. Remettre en question ce Moi est une forme de suicide psychologique :-) et la peur, les réticences, résistances générées, si elles ne sont pas perçues et investiguées sont une entrave, poussent au maintien de l'illusion.
La peur est le décalage qui pourrait se créer entre ce qui devrait être et ce qui pourrait être. Une peur de laisser le connu aussi, et donc de vouloir emmener avec soi le maximum de connu.
C'est juste une peur perçue suite à une pensée crue.
Exactement. Et c'est très important de réaliser ça : la peur éprouvée, liée à une pensée, une croyance, de l'imaginaire ("ce qui pourrait être" et l'inconnu). Et il y a juste peur perçue comme tu le dis. Pas de Je.
Il y a une projection dans le futur, une imagination, une représentation de ce qui pourrait être. Note que ce n'est qu'hypothèse gratuite sans certitude, sans réalité.
La pensée «Il y aura des conséquences fâcheuse » est juste une pensée à laquelle tu accordes foi, sans certitude aucune : il peut, ou il ne peut pas y avoir des conséquences fâcheuses. Allons plus loin : les conséquences seront -elles fâcheuses ? Fâcheuses est peut-être aussi juste un point de vue, une vue orientée...
Il y a aussi la pensée crue, non remise en question : « L'inconnu est menaçant, il y a une insécurité dans l'inconnu ». Derrière cette croyance, il y en a une autre qui est la distinction entre un connu et un inconnu. Ce que tu appelles connu n'est qu'une mémoire engrangée qui te fais croire que le présent, que tu appelles connu quand tu y retrouve des élément mémorisés, est une prolongation du passé.
Est-ce vrai ?
Là, tu es devant des objets que tu reconnais, mais, si tu t'y penches vraiment, c'est une vue sommaire : ce présent est neuf : ton ordi est un peu plus usé, ton corps aussi :-D, tes expériences, réflexions passées récentes ont pu modifier ta perception actuelle et le monde autour de toi a changé. L'idée de connu ne repose que sur une perception « à la louche », sommaire, grossière. Une mémoire sélective.
De ce fait, le connu n'existe pas vraiment, sinon dans cette vue sommaire, sans réalité, d'un passé caricaturé. Il n'y a que présent neuf.
Et le futur n'a pas plus de réalité : ce n'est qu'une vue de l'esprit, une représentation mentale.
Il y a inquiétude, peur éprouvée, mais le « je » de « j'ai peur de ne pas le gérer convenablement » existe-t-il ?
Il n'existe qu'en relation avec les pensées crues décrites plus haut. Enlève les pensées sources de stress => Ce « Je » serait-il encore là ? Il n'a pas d'existence, de manifestation sans ces pensées. Reste juste de la vie.
Et cette pensée est crue parce que le moi sait par expérience qu'il n'a pas une bonne notion du temps.
Est-ce une vérité, une certitude ? Ou juste une croyance. As-tu la certitude qu'inéluctablement les erreurs passées se reproduiront ? Non...
Cependant, cela permet d'élaborer une stratégie pour diminuer le stress, par exemple ici établir une check-list avec un timing approximatif de ce qui doit être fait.
=> La preuve... :-)
Là, la pensée n'est pas dans la croyance. Elle fait ce qu'elle peut faire : gérer ce qui fonctionne dans le temps et l'espace à l'aide du connu, de ce qu'elle a mémorisé. L'inconnu reste hors de sa portée. Elle n'en a qu'une gestion partielle, ne peut faire que des hypothèses.
En fait, le problème vient de plus loin, de la création d'un objectif à long terme qui ne tient pas compte de l'ensemble du réel, qui est déjà conflictuel à la base.
La création d'un objectif à long terme peut-il tenir compte de l'ensemble du réel ? As-tu accès à l'ensemble du réel ?
Cette maîtrise de ta vie existe-t-elle ? Explore cette croyance :
Observe déjà ça : Contrôles-tu la naissance de tes pensées (donc choix, buts, décisions...), de tes émotions, actes/gestes ? => Choisis-tu les pensées/émotions/actes qui vont apparaître, les avais-tu prévues, as-tu prévu les prochaines, peux-tu arrêter le flot des pensées, émotions durablement... Et donc y a-t-il un Moi qui a le contrôle de tout ça ?
Ou bien tout ça fonctionne un peu comme ta respiration : un processus essentiellement involontaire, que tu peux à peine contrôler, moduler quand tu y fais attention (qui demande un effort).
Il y a une limite très floue entre intérieur et extérieur. Une membrane d'échange entre les deux, mais une membrane sélective, qui fait qu'à un instant donné, les constituants ne sont pas en même "concentration" à l'intérieur et à l'extérieur. On en a conscience au niveau physique (l'épiderme en gros), mais c'est la même chose au niveau mental.
Il y a des corps, tu en vois une limite visuelle, mais si tu fermes les yeux et ne bouge pas, en l'absence de sensations tactiles, perçois-tu la limite de ton corps ?
Pour autant, ce que tu es se limite-t-il à ton corps ? Celui-ci a constamment changé depuis ta naissance, mais le sens de « je suis » a toujours été là, inchangé.
Aucun individu ne peut exister sans échanges constants entre "intérieur" et extérieur".
Aucun corps, oui...
Ce que tu es serait l'espace limité par le corps ? Dans mon expérience, le corps est plus un objet de perception, visuelles, sensorielles (au même titre que Blanchette), qu'un sujet (comme d'ailleurs mes pensées, émotions sont des objets de perception...).
L'endroit d'où je perçois n'a pas d'intérieur ni d'extérieur, les images de l'extérieur se forment à l'intérieur,
Exactement.
Le monde des objets, les sensations, les pensées, les émotions, les sensations corporelles émergent et passent dans cet espace. Tu confirmerais cette observation ?
et lorsque je pense à "mon intérieur" (par ex prendre conscience de ma main), j'ai tendance à passer par "l'extérieur". Mais il y a un espace auquel je suis la seule à avoir accès. Je n'irai pas jusqu'à l'appeler "je", car il me semble ouvert à tous les vents, mais, matériellement, je suis la seule à pouvoir y accéder vraiment. C'est peut-être la base de la solitude.
Tu pourrais l'appeler l'espace de ta conscience ? Non ?
Cet espace est-il vraiment fermé ? A-t-il une frontière ?
S'il est ouvert à tous les vents, y a-t-il vraiment solitude ? :-)
sulawesi wrote:Le moi serait une sensation ? Qu'est-ce que la sensation du moi dont tu parles ? Ce moi dont tu parles est ce que tu es ?
Oui, une sensation liée au corps et à une impression de continuité. Le cerveau ne peut fonctionner que sur une certaine continuité, c'est d'ailleurs la base de l'apprentissage. Au moins a-t-il besoin de l'hypothèse d'une continuité de quelques fractions de seconde: il perçoit, analyse et transforme l'information pour qu'elle corresponde à ce qui se passera au moment où elle deviendra consciente.
Si tu ajoutes à cela le temps que l'information met pour atteindre nos sens, depuis son point d'émission, on n'est jamais conscient de ce qui se passe réellement à un instant donné. C'est dans ce sens que je dis que "ici et maintenant" est inaccessible à la conscience "ordinaire". "Ici et maintenant" est un point totalement virtuel sur la ligne du temps, juste l'interface entre passé et futur. Pour moi, c'est un paradoxe car c'est le seul moment ou on existe. Et cet "ici et maintenant" ne peut exister que lorsqu'il n'y a plus d'ici (plus de centre d'observation) et plus de maintenant (en dehors du temps). Plus de centre, plus de temps = pas de moi.
Mais cela vient si ça veut, on ne peut pas le rechercher, car qui dit quête dit temps et centre... et conflit entre ce qui est et ce qui devrait être;
Dans mon expérience, les messages des sens sont immédiats. L'information données par ceux-ci est instantanée : chaud/froid, lumière, sons, toucher, odeur...
Ici et maintenant est la seule réalité accessible, effectivement le seul espace de l'être. Passé et futur sont eux imaginaire, des constructions de la pensée. La pensée, le mental va construire une représentation d'un passé à partir d'informations partielles, sélectionnées et accumulées dans la mémoire. Le futur étant lui purement imaginé, projeté à partir d'un connu construit sur la mémoire..
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Donc, au final, sur la question de fond "Que suis-je ?" (comment tout cela fonctionne-t-il ?)
Si le moi est cette petite unité de vie, qui fonctionne exactement comme les autres unités de vie...
Alors, oui, ce serait le genre de moi que je ressens.
C'est encore un moi, car il a un "centre" qui est ressenti comme le corps. Mais puisque il peut être observé, quasiment de l'extérieur - je peux en avoir conscience - le "je" contient ce "moi", mais est beaucoup plus large
Ça rejoint ce que tu écrivais précédemment :
L'endroit d'où je perçois n'a pas d'intérieur ni d'extérieur, les images de l'extérieur se forment à l'intérieur,
Donc : Tu n'es pas une image, une représentation mentale (j'entends par là un ensemble de caractéristiques fabriquées par la mémoire, composées de ton statut social, des expériences, des connaissances, du connu/mémorisé)
Ce que tu es au fond, serait un espace, une conscience "je suis" dans laquelle est perçu l e corps, les pensées, les sensations, les émotions. Ça te parait un résumé juste ?
Il me semble que le moi se perçoit dans toute réaction émotionnelle, qui viennent du fait que le moi est sûr d'avoir la responsabilité de la gestion de l'avenir, de la gestion de l'image de lui-même qu'il s'est créée. il met cette gestion en pensées qui se projettent vers l'avenir ou qui créent l'image au présent. Puis le décalage entre cette image et la réalité crée le "ce qui devrait être".
Donc il se perçoit nettement dans ma réaction de stress au voyage.
Donc ce moi et son histoire : image de lui-même, de "ce qui devrait être", projections futures, émotions/pensées/tensions physiques... liées à la tension entre ce qui est (inconnu) et le "ce qui devrait être" projeté par l'imaginaire, le mental... Tout ça n'est que pensée, construction mentale. Tu serais d'accord ?
Cette construction mentale repose sur la croyance en un "Je" contrôlant ce qui est.
Est-ce fondé ? Observe...
Là se posent ces questions centrales, écritent plus haut :
Cette maîtrise de ta vie existe-t-elle ? Explore cette croyance :
Observe déjà ça : Contrôles-tu la naissance de tes pensées (donc choix, buts, décisions...), de tes émotions, actes/gestes ? => Choisis-tu les pensées/émotions/actes qui vont apparaître, les avais-tu prévues, as-tu prévu les prochaines, peux-tu arrêter le flot des pensées, émotions durablement... Et donc y a-t-il un Moi qui a le contrôle de tout ça ?
Ou bien tout ça fonctionne un peu comme ta respiration : un processus essentiellement involontaire, que tu peux à peine contrôler, moduler quand tu y fais attention (qui demande un effort). Juste de la vie qui se manifeste...
À bientôt
Thierry
(Oui pour la sauvegarde. Je n'y pense pas car j'utilise rarement en fait. J'ai tendance à travailler sur un doc à part et faire du copier/coller)