Bonjour Claude :-)
Désolé, réponse tardive. Travail...
je relie mes émotions à la peur du changement
Sondons cette peur. Je te donne mes propositions mais applique ta propre "méditation"...
Tu supposes qu'il n'y a pas eu de changement depuis qu'on discute ? (et même sans cet échange, il n'y aurait pas eu de changement ?)
Qu'appelles-tu donc un changement ???
Dans mon expérience, chaque instant me parait neuf. Le changement, le mouvement est continuel. Mort/naissance. Rien ne se reproduit. L'absence de changement n'existe pas. Elle est même inconcevable.
Et si j'utilise ma pensée, je te dirais que mon état physiologique a changé depuis les 2 dernières mn par exemple : mes cheveux ont poussé, mon thé se promène dans mon système digestif, son effet excitant commence à modifier mon équilibre, des cellules sont mortes, d'autres sont créées, la lumière sur le paysage que je vois par la fenêtre change graduellement. Des pensées s'invitent, vivent un déroulement et sont remplacées par d'autres... Et je remarque que je n'ai aucun contrôle sur ce scenario...
Les expériences que j'ai vécues hier ont modifié mes représentations de personnes et de certaines situations dans le cadre de mon travail par exemple. Ces représentations ne sont que des images dans ma tête, elles ne sont pas la réalité, juste des approximations, qui mourront, seront balayées et remplacées par d'autres approximations au gré de mes interractions. De même, autre exemple, pour la lecture de ton dernier message qui a généré quantité de pensées, émotions, un déroulement qui se fait de lui-même, j'en suis l'observation, la constatation, la perception, déroulement qui aboutit à l'écran de mon ordinateur qui est entrain de se modifier, conséquence de changements dans la physiologie des muscles de mes bras, mains, doigts... :-)
Il n'y a que changement...
Si ton regard sur le monde est figé par une attente et si dans ce regard tu as une idée préconçue de ce qui serait la situation attendue, gratifiante, et la situation refusée, crainte, tu es comme un pêcheur qui ne voit du monde que son bouchon, aveugle à ce qui se passe autour de lui, à la beauté du paysage alentour... Ou comme un joueur de loto dont la vie est organisée autour de cette attente du tirage merveilleux, avec une représentation d'un passé et d'un futur (merveilleux ou décevant, espéré ou craint), + tout un monde d'émotions, pensées qui n'existent que par cette attente, cette représentation du monde. Représentation aussi restrictive que celle du pêcheur et qui enferme la réceptivité, restreint l'ouverture.
Je caricature dans un but pédagogique :-)
Ta peur du changement repose sur l'idée qu'il y aurait une stabilité passée, figée, sécurisante et un après. Après espéré, porteur de merveilleux ou angoissant, objet de peur.
Remet en question cette idée : est-ce vrai ? Y a-t-il autre chose qu'un présent sans cesse renouvelé ?
Il n'y a pas de stabilité passée. On ne peut avoir des impressions de constantes qu'en regardant grossièrement les choses. Il n'y a que changement continu, un présent toujours neuf. Et les réactions répétitives qu'on peut avoir (que la mémoire sélective interprète comme une répétition), se déroulent dans un contexte toujours neuf, il n'y a pas de réelle répétition.
Cette peur repose-t-elle sur quelque chose de clairement identifié ou de l'imaginaire ?
Quand le présent d'une voiture se dirige sur toi parce que le conducteur ne t'a pas vu, il y a danger identifié et action. La peur fonctionne au passé/futur : archive émotionnelle et projection mentale, imaginaire.
Tu ne sais pas ce que sera après, après n'existe pas, est inconcevable. Tu ne peux que projeter de l'imaginaire, qui ne peut être que faux. Et la peur ne repose que sur cet imaginaire (c'est une peur de ce que tu imagines dans le noir :-) )
Plus précisément la colère. Contre toi et contre moi.
Explorons aussi cette émotion avec accueil bienveillant et ouverture à son égard, comme un objet de curiosité. Dis m'en plus.
Quelle colère ? Pour quelle raison ? Quelles sont les pensées attachées à cette colère ?
Je te demande de m'aider et je crains (peur) à la fois que tu y arrives (c'est l'inconnu ou la mort de l'ego (tristesse) qui n'existe pas mais ça y sait pas !) et que tu n'y arrives pas, car je rate ma fameuse tranquillité, ou 'Paix toujours présente".
Je ne vais nulle part... (mais toi oui :-) )
Je me contente d'explorer (en t'associant à cette exploration) ce qui se manifeste dans le présent de l'expression de la vie en toi. Parce que je sais que la souffance qui te colle dans la recherche qui t'amène ici repose sur des représentations fausses (et les émotions qui y sont attachées). Et j'essaie de te faire percevoir et prendre conscience de ce qui est erroné dans ces représentations qui se lisent ici, et qui sont aussi lisibles dans les souffrances (colère, peur) dont tu me fais part. D'où l'importance de cette communication de tes ressentis : les émotions sont des symptômes, des fils conducteurs.
Si tu es dans la fuite d'une souffrance (colère, peur... à différents degrés depuis la simple irritation), tu as l'attention tournée vers une cible qui n'est qu'une projection issue de ta souffrance (=> la paix, la tranquillité). Ce faisant, tu fuis ce qui est (tes émotions douloureuses) pour tenter de forcer un chemin, le réel, ce qui est, vers cette image que tu as conçue et projeté dans l'avenir.
Mais cette image est purement imaginaire, fabriquée. Du conceptuell. Elle n'a aucune réalité, elle ne peut être, se concrétiser : elle appartient à ton imaginaire.
Seul le présent est réel : ces émotions, pensées, réactions que tu fuis et cherche à maîtriser.
C'est une des raisons pour laquelle ça foire. Tu as juste aménagé ton présent, affiné le contrôle de ton corps et de ses réactions qui te dérangeaient et que tu fuyais et un mécanisme mental t'abstrait de la réalité, la refuse, s'y oppose. S'y oppose dans la tension car c'est impossible (cette possibilité de contrôle est imaginaire, constate-le) => souffrance...
On est ici dans une démarche exactement contraire : on accueille, écoute avec bienveillance ces émotions, ces pensées. On embrasse aussi dans cette écoute la résistance à accueillir, écouter, s'ouvrir à ces pensées et émotions.
Parce que toute cette expression est ton seul réel. C'est ce pourquoi tu es là.
Et aussi parce que la croyance en un contrôle de ces émotions et de ces pensées n'est qu'une croyance sans fondement, mais non remise en question. À toi d'y méditer... On en parlera plus tard.
J'insiste sur ces peurs, le besoin de contrôle et ses conséquences : fuite si mal à l'aise, concentration sur un but futur et détournement de l'attention au présent, limite de l'écoute et de l'ouverture et donc du questionnement, fermeture à l'expression des choses en soi... parce que tout ça est un obstacle à la compréhension tant que tu n'en prend pas conscience. Une énergie de blocage, de frein s'opposera à l'évolution. À l'expression du vivant, du réel...
Encore une chose pour dédramatiser, apaiser : si tu observes bien, ces émotions de peur, colère, tension... dont on peut fuir, refuser l'expression (mais qui vont conditionner les réactions, dans un automatisme non vivant, non créatif) ne sont que des fossiles. Des réminiscences d'un passé où on était un enfant vulnérable car non expérimenté et soumis à la croyance que notre sécurité dépendait de l'acceptation des autres, dépendait d'un extérieur auquel on était plus ou moins anxieusement soumis. D'où l'intensité irrationnelle de peurs, colère, tension et stress. Et bien qu'on soit un adulte plus autonome, raisonnant, on se retrouve dans des réactions conditionnées, fossiles de stress-émotions/maitrise-fuite du stress-émotions simultanée. Et cette fuite cristallisée nous enferme dans une répétition mécanique car elle interdit l'ouverture et la compréhension de ce qui est à l'oeuvre à cet instant T où cette réaction s'exprime.
Hier, j'ai fait à plusieurs reprises l'expérience de la tranquillité recherchée dans des situations où c'était pas gagné. J'ai pu aussi regarder sans commentaires, sans jugements, des visages au restau qui auraient déclenché mes "Quelle tronche, cette meuf !.."
Était-ce ce purement ce qui était, spontanément, ou était-ce encore un contrôle de plus ? (Parce que tu aurais projeté un comportement vertueux en interprétant ce que j'écris, pour t'y appliquer ?)
Répond en toi avec le plus d'ouverture, d'honnêteté, de lucidité, d'accueil d'émotions/pensées désagréables (tension, irritation, déception...) que mon commentaire peut générer.
Message long et dense. Prends le temps de relire et surtout d'en méditer ce que ça remue en toi.
Fais-moi part de tes commentaires éventuels, questions, doutes...
Rappel de la question du jour :-) :
Plus précisément la colère. Contre toi et contre moi.
Explorons aussi cette émotion avec accueil bienveillant et ouverture à son égard, comme un objet de curiosité. Dis m'en plus.
Quelle colère ? Pour quelle raison ? Quelles sont les pensées attachées à cette colère ?
À bientôt
Thierry