Bonjour Paul,
Je ne suis pas sûr de saisir ce que tu entends par 'contraction'. Est-ce que tu pourrais l'expliciter s'il-te-plaît ?
Si tu laisses les choses exactement comme elles sont, si tu n’interviens d’aucune façon dans l’expérience du moment, que se passe-t-il ?
Le ‘je’ est toujours là quand il y a résistance, contraction, désaccord avec ce qui est…ce qui est, qui en passant, est déjà là. L’expérience présente est déjà là, tu as les deux pieds dedans.
Bien sûr, l'important c'est le territoire. Mais tant qu'à avoir une carte, autant qu'elle soit la meilleure possible, la plus proche de la réalité du terrain.
Les cartes c’est le propre de la psychologie, la psychiatrie, la médecine, la fitness, la dentisterie, l’exercice physique et toute les autres approches dont le but est d’améliorer la personne. Ici, on se s’occupe pas d’améliorer la personne ni de la décrire, on cherche à voir que la personne n’existe pas.
Les cartes c’est aussi le propre de la philosophie, la religion et la spiritualité qui cherchent à décrire et à améliorer le monde, à trouver un sens à la vie. Ici, on ne cherche pas à améliorer quoi que ce soit, à trouver un sens à quoi que ce soit. On cherche à voir que la personne n’existe pas. Et si c’est bien le cas, alors tout baigne. Tout se déroule comme cela est supposé se dérouler. La vie n’est pas défectueuse. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des choses à améliorer :)
J'ai quand même compris quelque chose dans cette (très) longue réponse. C'est que le "soi" n'est pas qu'une idée, c'est une théorie…il y a une entité qui pilote mes actions de l'intérieur et cette entité c'est moi, ce que je pense être.
ok
- je ne suis pas ce que je pense être. La carte n'est pas le territoire, et en plus elle n'est pas bonne (mais c'est finalement secondaire)
ok
- ce que je pense être n'est qu'une idée, qui n'a pas de réalité objective. La carte n'existe pas en dehors de mon imagination. S'il y a un pilote, ça ne peut pas être une carte.
Oui elle n’existe que dans un Bali imaginaire.
- la conscience est uniquement perceptive, elle ne contrôle rien. S'il y a un pilote, il n'est pas dans le cockpit (le champ de conscience). Il n'y a pas de pilote conscient.
ok, pas de pilote conscient.
- il n'y a pas d'entité contrôlant mes actions: le contrôle est éclaté, distribué, et ce n'est qu'un processus. Il n'y a pas de pilote, conscient ni inconscient. Il y a, au mieux, du pilotage.
va pour : il n’y a que du pilotage…
Bref, il n'y a pas de pilote dans l'avion.
Non pas de pilote. Il n’y en a jamais eu.
Après, il y avait aussi l'idée (discutable) que je suis objectivement l'avion, cette machine infiniment complexe. Ma réalité, mon expérience de la vie, c'est juste ce qui est vu du cockpit. D'un point de vue subjectif (conscient), il n'y a rien à "faire". Il y a juste observation (de l'avion et du paysage) et cette observation même fait partie des mécanismes de l'avion. La pensée (la voix entendue dans le cockpit) en fait aussi partie.
Ok, tout fait partie de ce point de vue subjectif (conscient) comme tu le nomme. Rien à faire.
Pour l'instant, cette carte me convient. Reste maintenant à lâcher la carte et à explorer le terrain.
Mais dis-moi, qui dois lâcher quoi ? explorer le terrain ? Tu as les deux pieds dedans. Regarde ce qui est là. Vois-tu un ‘je’ là-dedans ? Mis à part une pensée qui dit 'je', de quoi s'agit-il?
Est-ce que tu vois une différence dans l’expérience quand tu utilises le ‘je’ ou non ?
Non, je ne vois pas de différence notable.
En effet.
Est-ce que les étiquettes que l’on colle sur l’expérience changent quoi que ce soit à l’expérience elle-même?
Non, à part le fait que pour coller l'étiquette il faut 'forcer' un peu (pas toujours très naturel). Ce n'est pas l'étiquette qui change l'expérience, c'est l'étiquetage.
En effet. Les mots, les cartes, étiquettent l’expérience mais ne sont pas ‘la chose’, l’expérience.
Est-ce qu’une des deux façons de décrire l’expérience semble être plus proche de la réalité ou plus vraie que l’autre?
La description sans "je" semble plus naturelle, plus proche de la réalité.
J'ai eu un doute concernant le déplacement du corps: "je marche" semble plus naturel que "il y a de la marche". Mais on pourrait juste dire "corps en mouvement", ce qui est une description objective de la réalité.
La description sans "je" semble plus naturelle en effet.
Merci de m'aider dans ce 'sevrage'. Je devrais peut-être m'inscrire aux Penseurs Anonymes.
Désolé d’avoir eu à sortir mon kyosaku. Le problème avec la compréhension intellectuelle est qu’elle est aidante jusqu’à un certain point, mais ensuite elle devient une nuisance. Ce dont on parle ne peut pas être compris intellectuellement.
Le mot n’est pas la chose, la carte n’est pas le territoire.
1. Les mots ne capturent jamais la réalité.
2. En plus de ne pas capturer le réel, les mots donnent l’impression que les choses sont séparées les unes des autres et c’est faux. Rien n’est séparé de rien. Ça ne correspond tout simplement pas à notre expérience.
3. Aussi, les mots nous donnent l’impression qu’on comprend ce dont il s’agit alors que c’est faux. Rien n’est compris.
Une façon simple de réaliser ce que je dis est d’essayer de définir la vie. Pas la vie biologique, mais la vie que tu vis en ce moment. Essaie et tu verras.
Tu ne réussiras pas à trouver de définition qui capture TOUT ce que la vie est et tout ce qu’elle n’est pas.
Tu vas réussir à identifier et à isoler des petits bouts d’expérience mais l’expérience de vivre n’est pas faite de petits bouts. C’est UNE expérience. Celle que tu vis en ce moment.
J'arrête un peu la théorie pour me remettre à l'expérimentation directe. Est-ce que tu aurais des conseils/suggestions à ce sujet ? (je ne sais pas, des petits "trucs" ou des pièges à éviter)
Cesse de diriger le faisceau de ton attention sur les pensées. L’expérience de vivre comporte de multiples niveaux tous plus riches les uns que les autres. En général, les gens se concentrent sur les pensées et sur ce qu’elles racontent et de ce fait elles occultent des dimensions importantes.
Je voulais aussi revenir sur une question que tu m'avais posée sur mon 'ressenti' du "je".
Parfois je suis en mode "observation pure": les sensations passent, le corps bouge, etc. Tout se passe sans effort et sans interférence. Pas de ressenti de "je".
A d'autres moments par contre, et notamment lors de certaines actions (geste précis de la main, relâchement du corps, focus attentionnel), il y a une impression d'attention soutenue et-ou de contrôle conscient. De là à y voir la trace d'un "je", il n'y a qu'un pas (mais si ça se trouve, je me fais des films).
Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce qu'il y a quelque chose à Voir que je ne vois pas ?
L’impression d'attention soutenue, de contrôle conscient fait aussi partie de l’expérience mais ça ne veut pas dire que ce qu’ils disent est vrai. Une impression prend-elle des décisions ? est-ce le propre d’une impression de contrôler, de décider ?
À plus
Daniel