Réponse à la question1
Non, il n'y a pas d'entité séparée «moi» ou «je» quelque part sous quelque forme que ce soit.
Réponse à la question 2
L'illusion d'un MOI ou de d'un JE qui aurait une substance réelle s'interpose dans mon contact avec la réalité dès que je porte attention à ce que charrient ces concepts. Par exemple, j'anime un groupe de travail et me passe par la tête l'idée que JE ne suis pas aussi bien vêtue que je devrais ou que JE n'ai pas employé le bon mot dans mon intervention précédente. À ce moment-là, je ne suis pas en relation directe avec le groupe, le concept du moi fait écran. L'illusion du moi-je s'immisce dans 1000 occasions pour faire ainsi écran à ce que je pourrais appeler la «conscience pure», laquelle est pleine ouverture sur le réel ou sur la vie intérieure. (En thérapie, par exemple, l'effort de la conscience porte sur l'intériorité propre et dieu sait que les défenses d'un faux moi ne se priveront pas pour faire dévier la prise de conscience.) Bref, l'illusion du je-moi agit comme un écran qui détourne ou altère le regard de la conscience sur le réel.
Réponse à la question 3
Au cours du dialogue (étalé sur 3 mois), j'ai mis beaucoup de temps à cerner le je-moi en tant que «séparé» ou à titre d''entité. La difficulté était amplifiée par le fait que le MOI en psychologie dynamique est conçu comme une instance de la personnalité. Il fallait d'abord que je me distancie de la théorie. En sachant que le je-moi agit comme un écran, je le vois mieux venir et je peux ainsi favoriser l'expérience directe. Cela me permet de vivre dans une plus grande légèreté, moins encombrée par les dictats du je-moi. Par exemple, récemment, je participais à une fête anniversaire. Nous étions 7 personnes dont quatre enfants. J 'ai vécu une soirée exceptionnelle à mes yeux tant ma conscience était toute là, branchée sur chacun, au point que j'ai tout retenu de cette soirée. Je n'étais pas à me dire : «Il faudrait que je sois drôle» ou encore« Je vais faire ceci ou cela qui serait chouette». Un verrou avait sauté. J'était bien, légère, en contact et super calme.
Réponse à la question 4
Le déclic s'est amorcé en revenant du parc où j'avais écrit mes 10 minutes d'expérience directe, c'est-à-dire ce qui se passait tout autour. Je marchais lentement vers la maison en me demandant dans la plus grande obscurité intérieure : Où était le JE pendant que je faisais l'expérience? Je ne voyais pas du tout le JE et j'ai pensé au mot de Descartes :«Je pense donc je suis». Je ne pensais pas pendant l'expérience, je regardais tout autour, pas de pensée ni de JE. Le lendemain, la question décisive de Dorinda : qu'est-ce qui est toujours là? J'ai souvent pensé à la question pendant les 24 heures suivantes. J'ai hésité entre : le souffle et la conscience. Comme la conscience est un élément clé de la nature humaine, j'ai choisi la conscience et, depuis, tout est clair. La conscience permet l'expérience directe si elle agit indépendamment des détours du faux MOI-JE!
Réponse à la question 5
Je prends des décisions, je fais des choix, je produis des intentions (la conscience étant éminemment présente dans ces opérations mentales), mais je ne contrôle pas les événements de la vie. Je dois m'y adapter. Je ne suis pas non plus à l'origine de la vie, mais ma conscience est peut-être à l'origine de la mienne. Par exemple, j'avais décidé d'aller voir ma fille en Angleterre pendant les vacances d'été. Quelques jours avant le départ, ma benjamine, mère de 4 enfants, a été hospitalisée d'urgence, puis mise en convalescence pendant 3 semaines. J'ai choisi d'annuler mon voyage et d'assister mon autre fille. Dans un tel cas, je suis l'auteure de la décision, du choix, mais je n'ai rien à voir avec son problème de santé subit.
Quelque chose à ajouter
J'ai fait d'autres belles découvertes pendant le dialogue. J'ai pris conscience ( mis le doigt sur) de la continuité incessante de mon existence. Savoir intellectuellement et prendre conscience sont deux types connaissances fort différents.
Ensuite, grâce à une question de ma guide, j'ai découvert que nos pensées se dissolvaient dès qu'on essaie de les ressaisir. Or les maîtres en méditation nous disent : «Quand des pensées vous envahissent, accueillez-les avec bienveillance.» J'ai essayé plutôt de ressaisir la pensé distrayante et HOP! me voilà au-delà dans un super silence. Je compte bien essayer encore!!