Bonjour Paul,
Toujours un réel plaisir de discuter avec toi.
C'est parfaitement réciproque mon cher. Cette discussion me permet d'aller à des endroits où je n'ai pas souvent l'occasion d'aller et d'après moi c'est notre expérience commune de méditation qui permet cela. Gassho!
Paul, un peu plus bas tu trouveras un exercice. Ne te sens pas obligé de le faire en une seule journée. Si tu veux regarder ça pendant quels jours fais-le. Il faut parfois que ça mijote.
Intéressant ce mot 'jonction': à la fois action, état et lieu. Il faut réaliser la jonction !
Joindre, jonction, joug, tous des mots étymologiquement reliés au mot yoga. Par contre, c'est joindre ce qui n'a jamais été séparé, et ce, dans le non faire, le non effort. C'est Voir la non séparation de tous les éléments de l'expérience, de ÇA.
Je vais concentrer mes efforts sur l'observation sans effort :)
Juste être. Desserrer le poing. Lâcher prise de vouloir comprendre.
Est-ce que le fait d’écouter est séparé du son ? Ou bien est-ce qu’écouter et faire l’expérience d’un son sont une seule et même expérience ?
Je ressens bien ça, mais pas constamment. Voila le problème.
C'est tout à fait normal de le pas le ressentir en permanence. Nous ne sommes pas à la recherche d'une expérience, ou un ressenti permanent. Par contre, chaque fois que tu y reviendras, la conclusion sera la même. Et si tu explore d'autre sens ou d'autre éléments de l'expérience, la conclusion sera aussi la même. Pas de séparation. Ça respire, ça bouge, ça pense, ça prend des décisions, ça vit...sans 'je' qui soit présent pour le faire.
Peut-être qu'un autre sens à explorer serait le kinesthésique. Plus particulièrement les sensations corporelles sur l'axe tête-colonne. Toujours un peu de mal à ne pas être en observation "méditative".
D’accord, nous allons explorer l’expérience corporelle.
…Le sujet le plus 'collant' serait peut-être le libre-arbitre (et la notion de responsabilité). Il y aussi la question de l'action, ou plutôt de sa motivation.
Le choix et libre arbitre ensuite?
Maintenant que j'y pense, c'est ça: l'être est au coeur de l'expérience. Juste être. Ah!
:)
Je te partage une citation qui comme, le but est seulement d’être, m’a habité pendant des années. Voilà : Accepte-tout et accepte-le sans chercher à comprendre.
Celle-là, je crois que je vais l'encadrer :-)
Ceci dit, je ne te cache pas que ça risque d'être difficile: aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours cherché à comprendre. C'est comme une seconde nature, et une insondable source de plaisir. J'ai même fait carrière dans la recherche. Un Paul qui ne cherche pas à comprendre, je ne sais pas ce que c'est.
Tout ce qu’il y a à faire c’est de desserrer le poing. Il ne faut pas rajouter une couche en essayant de comprendre pourquoi tu cherches à comprendre :) Desserrer le poing c’est lâcher prise de vouloir comprendre et d’être simplement présent avec ce qui est.
La question du sens ne se pose... que s'il y a une question.
Alors la question est : qu’est-ce que c’est que ça?
Et comme dirait Descartes, no cogito ergo no sum: si je ne pense pas, je ne suis pas.
Cette phrase pour moi devient : Je suis donc je pense. ;)
Voici l’exercice d’exploration corporelle.
Commence par t’asseoir, respirer, et laisser la poussière retombée.
Observe ensuite les différentes sensations que tu ressens en ce moment.
Commence par les sensations des points de contact entre ton corps et la surface avec laquelle il est en contact.
Ensuite, observe les sensations de picotement, de fourmillement, de vibration, d'engourdissement ou de quoi que ce soit d'autre que tu ressens en ce moment.
Observe aussi que certaines sensations sont plus prédominantes que d'autres. Par exemple, chez la plupart des gens, la région de la tête est une région où les sensations sont habituellement très fortes. Mais tu pourrais ressentir un peu la même chose dans une autre partie du corps. Dans ton cas, peut-être l’axe tête-colonne.
Maintenant, j'attire ton attention sur le fait qu'il y a aussi certaines parties du corps que tu ressens très peu pour ne pas dire pas du tout. Ce sont en quelque sorte les trous noirs de ton corps :)
Finalement, observe que toutes ces différentes sensations ou absence de sensations se passent toutes ICI. Elles sont toutes présentes dans une seule expérience. Le picotement, le contact, les sensations prédominantes, moins dominantes, les trous noirs etc.
Ensuite, dirige ton attention sur une seule de ces sensations, n'importe laquelle, et répond aux questions suivantes :
Quelle est la largeur de cette sensation ?
Quelle est sa hauteur ?
Où commence-t-elle et où finit-elle ?
Peux-tu lui trouver une limite ou une frontière ?
Est-elle séparée de ce qui la voit, de ce qui l’observe ?
Dans l’expérience du ressenti, fais-tu l'expérience d'une entité séparée qui ressent ?
Y a-t-il d’un côté ce qui ressens et de l'autre la sensation ressentie ou bien les deux sont ensemble, inséparable ?
Maintenant cesse de diriger ton attention sur une seule sensation et revient quelques instants à la sensation globale de ton corps. Et puis répond à ces questions :
Fais-tu une seule expérience de ressenti, ou bien fais-tu une expérience d’un paquet de sensations différentes, séparées les unes des autres ?
Si tu fais l'expérience d’un paquet de sensations différentes séparées les unes des autres, qu'est-ce qui les sépare ? Où est la ligne de démarcation entre deux sensations, deux ressentis si ce n'est une étiquette ?
Cette expérience n'est-elle pas l'expérience de ton corps ?
Quelle est la taille de cette expérience, la taille de ton corps ?
Où est la frontière entre l'intérieur et l'extérieur ?
Où sont les frontières de toi ?
Dans l’expérience présente, qu’est-ce qui est subjectif et qu’est-ce qui est objectif ?
À plus
Daniel