"Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

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Jyan
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"Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Sat Nov 05, 2016 7:10 pm

Bonjour,

Je viens à la recherche de ce que c'est que de ressentir pleinement le non-soi, et de savoir l'utiliser comme une pratique libératrice. Intellectuellement, j'adhère complètement à l'idée, qui correspond tout à fait à l'approche dite "holiste" que j'utilise dans mes recherches en sociologie (je suis étudiante en M2) : l'individu n'existe pas indépendamment de la société, il n'est qu'une cristallisation des structures sociales dans un "exemplaire" individuel à chaque fois différent. Et l'adhésion à cette théorie se base sur un sentiment intuitif, qui se concrétise souvent par de la compassion : celui que je ne contrôle pas ma vie, pas plus que les autres ne contrôlent la leur.
J'aimerais maintenant aller plus loin, et me sentir capable, pour mieux vivre les sentiments négatifs qui m'envahissent, (le stress surtout, la colère l'agacement ou l'impatience parfois), de réaliser pleinement (et donc émotionnellement également) que ces sentiments ne se basent que sur des illusions (la sensation que "moi" ou "les autres" ne sommes pas "à la hauteur", le plus souvent).

Au plaisir de discuter avec vous !

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Chronophonix » Mon Nov 07, 2016 11:45 pm

Bonsoir Jyan

Entrons d'emblée dans le vif du sujet.

Et l'adhésion à cette théorie se base sur un sentiment intuitif, qui se concrétise souvent par de la compassion : celui que je ne contrôle pas ma vie, pas plus que les autres ne contrôlent la leur.

Pourrais-tu donner un ou plusieurs exemples concrets de situations dans lesquelles cette intuition est indubitablement vérifiée ?

J'aimerais maintenant aller plus loin, et me sentir capable, pour mieux vivre les sentiments négatifs qui m'envahissent, (le stress surtout, la colère l'agacement ou l'impatience parfois), de réaliser pleinement (et donc émotionnellement également) que ces sentiments ne se basent que sur des illusions (la sensation que "moi" ou "les autres" ne sommes pas "à la hauteur", le plus souvent).

Même question : peux-tu donner au moins un exemple précis où ces sentiments négatifs se manifestent ? Par exemple, une situation précise qui te stresse, ou qui t'agace, ou encore qui te met en colère.

Que veux-tu dire par «mieux vivre les sentiments négatifs» ? Si tu réalisais pleinement que ces sentiments sont basés sur une illusion, que se passerait-il ?

Bien à toi
Michel
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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Sun Nov 13, 2016 5:56 pm

Bonjour Michel,

Merci de prendre le temps de me guider. Je suis désolée pour cette réponse tardive. Je pensais que l’arrivée d’un nouveau message serait visible dans mes « notifications » et je ne regardais qu’à cet endroit-là, or ce n’était pas le cas.
Je vais répondre par un même exemple aux deux premières questions.

Je pense par exemple à plusieurs membres de ma famille qui se sont comportés d’une manière qui m’a fait beaucoup souffrir, et qui continuent parfois encore sur cette voie-là. Même si quand cette souffrance apparait, je ressens un sentiment d’injustice, de dévalorisation de moi ou de colère, je sais qu’au fond ces comportements sont le résultat d’une souffrance qui s’exprime par de l’agressivité, de l’égocentrisme tel qu’il mène à l’indifférence pour autrui ou du mépris. En conséquence de quoi je continue de ressentir de la compassion et de l’amour pour ces membres de ma famille, car je suis intimement convaincue qu’il n’est pas en leur pouvoir de changer radicalement de façon d’être. J’essaye de discuter de ce qui me gêne dans leur comportement de façon calme et neutre quand il me semble que le moment est opportun et que j’ai une chance d’être au moins un peu écoutée, mais je ne cherche pas (et je ne cherche plus) à me venger en leur retournant la souffrance qu’ils m’ont fait ressentir. Je n’attends pas non plus d’excuses ou de compensation de la souffrance qu’ils m’ont infligée, car je sais qu’ils en sont actuellement incapables.

Dans cet exemple, ce qui m’apporte la preuve que nous ne contrôlons pas ce que nous faisons, ni « moi », ni « les autres », c’est que nous avons des comportements qui ne vont pas dans le sens de nos intérêts. Les personnes dont je parle, qui sont parfois si difficiles à vivre avec les autres, ont et expriment par ailleurs explicitement un grand besoin d’être entourées, de se sentir aimées. Or leurs comportements leur font subir des difficultés relationnelles (disputes, séparations amoureuses…) qui menacent de faire disparaître l’amour dont ils sont malgré tout entourés. Pour ma part, quand je suis confrontée dans mon corps aux sentiments de souffrance que ces personnes suscitent en moi, ma première réaction consiste presque invariablement à alimenter l’agressivité, le mépris ou la colère qui caractérise la relation à cet instant. J’entretiens donc chez l’autre un comportement qui me cause une souffrance au lieu de faire en sorte qu’il cesse en y opposant de la compassion ou de la patience. Ce n’est que lorsqu’il devient clair que si je ne me calme pas, la situation risque de devenir nettement plus douloureuse, que j’adopte un comportement adapté à mes intérêts.

Par « mieux vivre les sentiments négatifs », je veux dire parvenir à « lâcher prise », à reconnaître que ni "moi" ni "les autres" n’avons aucune responsabilité dans leur apparition dans mon corps, et qu’ils ne sont que des phénomènes naturels que je pourrais me contenter d’observer sans penser que j’en suis la destinataire ou la protagoniste principale. Dans ce cas, il me semble que ces sentiments négatifs s’accrochent moins à moi, disparaissent plus vite pour laisser place à des sentiments plus neutres ou plus positifs.

Bien à toi,
Jeanne

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Chronophonix » Mon Nov 14, 2016 10:15 pm

Bonsoir Jeanne

Dans cet exemple, ce qui m’apporte la preuve que nous ne contrôlons pas ce que nous faisons, ni « moi », ni « les autres », c’est que nous avons des comportements qui ne vont pas dans le sens de nos intérêts.

Parfait. La question qui me vient immédiatement est celle-ci : «Puisque je sais intimement que certains de mes comportements ne vont pas dans le sens de mon intérêt, vais-je continuer à avoir ce type de comportement, ou est-ce que c'en est définitivement terminé ? Et si un comportement de ce genre semble vouloir se déployer, suis-je assez rapide pour le voir et stopper net ce déploiement ?»
Il est à remarquer que rien que le fait de «voir» suffit en général à arrêter la «machine à comportement». C'est ce que tu pourras constater : « ces sentiments négatifs s’accrochent moins à moi, disparaissent plus vite pour laisser place à des sentiments plus neutres ou plus positifs.» Lorsque tu «vois» en direct, c'est exactement ce qui se passe.

Tu auras compris ce que pointe le mot «voir» : voir tout ce qui apparait à la conscience; c'est ce que nous appelons l'expérience directe. Prenons par exemple le sentiment d'injustice : au moment où il est ressenti, se présentent à la conscience plusieurs éléments, des «objets» de conscience.
- des ressentis physiques, s'associant pour prendre la forme complexe d'un ressenti émotionnel : tensions diverses, cœur qui se ferme, gorge serrée, ventre noué, etc...
- des pensées : j'appelle ce que je ressens «sentiment d'injustice». Il y a derrière cette simple appellation tout un tas de pensées imbriquées — notion de ce qui est juste ou injuste, critères pour déterminer que cela est juste ou injuste, étiquetage du comportement de l'autre comme étant injuste, réaction mentale personnelle liée au fait que je n'aime pas les comportements injustes, et ainsi de suite — et il est extrêmement fructueux d'investiguer dans cette direction.
- Coiffant l'ensemble de tout cela, la pensée — avec éventuellement le sentiment associé — que c'est en «moi» que tout cela se produit. Qu'il suffise de voir que ce dernier point est lui aussi un objet de conscience, et la boucle est bouclée : il y a une émotion (ressenti physique), il y a le nom de l'émotion (la pensée «sentiment d'injustice»), il y a le lieu où se produit l'émotion («moi»). Rien de plus. Tout cela est parfaitement mécanique, aucun contrôle possible, un bouton est enfoncé, une réaction se produit.

Constater cela sans le moindre commentaire surajouté, juste ce qui est, tel que c'est, ici et maintenant, c'est déjà un premier pas sur le chemin de la libération. Une fois ce premier pas accompli, se libérer n'est pas compliqué : c'est accomplir consciemment chaque pas, l'un après l'autre, instant après instant.

Bien à toi
Michel

PS : lorsque tu envoies un message, il y a des cases en dessous, dont la case «recevoir une notification...». Pense à la cocher.
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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Tue Nov 15, 2016 10:08 pm

Bonsoir Michel,

Je suis désolée de n'avoir pas répondu hier. Il me semblait que j'avais regardé mes messages, mais j'ai dû louper quelque chose (l'insomnie de la nuit précédente y étant peut-être pour quelque chose...).

Ma réponse à ta question est, de manière générale, clairement non. Savoir que je risque ou que je suis sur le point d'avoir un comportement contraire à mes intérêts ne me permet pas d'empêcher ce comportement d'"arriver". Et après je culpabilise car même si une partie de moi (intellectuelle) sait que ce n'est pas de "ma faute", la partie émotionnelle ("mécanique") ne le sait pas. J''essaye donc (enfin, ce serait bien si je pouvais y penser plus souvent) de considérer cette émotion-pensée qu'est la culpabilité comme n'importe-quel autre sentiment, et de ne pas lui donner trop d'importance. Mais c'est très difficile, car ce type de sentiment est très ancré en moi.

De temps en temps (mais de plus en plus souvent, avec l'expérience de situations qui se répètent) j'arrive à enrayer la mécanique : à reconnaître que mes sentiments et mon penchant à faire un certain type d'action dans certaines situations vont contre mes intérêts (quand je suis très fatiguée en particulier, ou quand je me sens blessée par quelqu'un.e). Dans ce cas je prends le temps de réfléchir à une action juste (qui ne rende pas la situation plus difficile mais l'améliore), et je me lance ! Parfois ça marche, d'autres fois ma vigilance ne résiste pas très longtemps et je retombe vite dans l'engrenage. Il faut dire que la fatigue n'aide pas, je crois... (et je suis fatiguée en permanence car je suis spasmophile)

Je te remercie pour tes explications très claires de ce que veut dire "voir" la conscience dans l'instant présent. Si j'ai bien compris, la voie de la libération consiste à être consciente des mouvements de notre conscience à chaque instant ? Comment y parvenir ? Je médite un petit peu (zazen / juste assis) mais j'ai beaucoup de mal à le faire régulièrement...

Bien à toi,
Jeanne

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Tue Nov 15, 2016 10:09 pm

Et merci pour le conseil concernant la notification, je l'ai activée :)

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Chronophonix » Wed Nov 16, 2016 10:44 pm

Bonsoir Jeanne

Tout de suite, pour te mettre à l'aise : je n'ai pour ma part aucune exigence quant à la fréquence des messages, tu fais comme tu le sens.

Savoir que je risque ou que je suis sur le point d'avoir un comportement contraire à mes intérêts ne me permet pas d'empêcher ce comportement d'"arriver". Et après je culpabilise car même si une partie de moi (intellectuelle) sait que ce n'est pas de "ma faute", la partie émotionnelle ("mécanique") ne le sait pas.

L'une des attitudes essentielles sur ce chemin de libération tient en un mot : Oui. Oui à ce qui est, tel que c'est, ici et maintenant. Je viens de manifester un comportement qu'intellectuellement, je juge contraire à mes intérêts ? Oui. Je culpabilise ? Oui. Une émotion monte ? Oui. C'est très difficile de ne pas donner trop d'importance à la culpabilité ? Oui. Et ainsi de suite. Acceptation inconditionnelle de ce qui est, et si «ce qui est» fait l'objet d'un refus, d'une résistance, oui au refus, oui à la résistance. Toujours partir de l'endroit et du moment exacts où l'on se trouve. Au départ, ce oui peut être vu comme une pratique, mais va devenir parfaitement spontané s'il est cultivé avec assiduité.

Dans ce cas je prends le temps de réfléchir à une action juste (qui ne rende pas la situation plus difficile mais l'améliore), et je me lance ! Parfois ça marche, d'autres fois ma vigilance ne résiste pas très longtemps et je retombe vite dans l'engrenage. Il faut dire que la fatigue n'aide pas, je crois...

Oui, cette façon de réfléchir est juste. Et en ce qui concerne la fatigue, si son origine est liée à une pathologie, il est certain que gérer sainement les situations peut s'avérer physiquement impossible. Dans ce cas, rien d'autre à faire que d'accepter qu'il en soit ainsi, et se reposer. La vigilance demande une certaine énergie dont nous disposons habituellement spontanément. Si cette énergie fait défaut, il faut donc recharger ses batteries avant toute chose...

Si j'ai bien compris, la voie de la libération consiste à être consciente des mouvements de notre conscience à chaque instant ?

Oui, rien d'autre.

Comment y parvenir ? Je médite un petit peu (zazen / juste assis) mais j'ai beaucoup de mal à le faire régulièrement...

Une pratique régulière (Zazen, oui, mais aussi l'écoute consciente de la musique, les promenades en forêt, le contact avec la nature et les animaux, etc..) est à mon sens indispensable pour progresser sur ce chemin. La méditation, c'est aussi savoir prendre fréquemment un temps d'arrêt pour revenir à soi-même, et les occasions ne manquent pas sur une journée: toutes les situations d'attente, notamment (à la caisse d'un magasin, d'un cinéma, attente en voiture, au guichet d'une administration...) se prêtent à merveille à un petit recentrage momentané. L'attente se transforme ainsi en écoute.
Une autre pratique essentielle est l'observation des pensées, sans jugement ni commentaire, juste observer que «ça» pense, «ça» bavarde tout le temps, le voir clairement permettant l'atténuation de ce flot mental continu jusqu'à sa possible résorption. J'évoque ici la pensée automatique ordinaire, bien entendu, parce que l'outil mental en lui-même n'est pas en cause, il s'agit juste d'une mauvaise utilisation de ce noble outil indispensable à toute vie humaine.

Et pour finir, je t'invite à observer la pensée racine, la pensée «moi». Tu me diras ce que donne cette observation...

Bien à toi
Michel
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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Sun Nov 20, 2016 8:40 pm

Bonsoir Michel,

Bon, si tu ne tiens pas à ce que je poste tous les jours, tant mieux ! Je n'ai jamais été une as de la régularité ;)
Au départ, ce oui peut être vu comme une pratique, mais va devenir parfaitement spontané s'il est cultivé avec assiduité.
Merci pour ces explications très aidantes. Et oui, je commence à cultiver le oui ! Cette nuit j'ai rêvé que j'étais soudain triste sans vraiment comprendre pourquoi, et que, après un court moment passé à me tourmenter à ce propos, je me disais : "tu es triste parce-que les conditions sont réunies pour que tu sois triste". Et la tristesse commençait déjà à partir... :)
Si cette énergie fait défaut, il faut donc recharger ses batteries avant toute chose...
C'est ce que j'essaye de faire mais c'est très difficile, car même quand je dors de longues heures je ne récupère que très peu, et même quand je prends trois semaines de vacances je ne suis pas vraiment reposée à la fin. Le propre de la spasmophilie, c'est que tout le corps est tendu et dépense de l'énergie même au repos !
Une pratique régulière (Zazen, oui, mais aussi l'écoute consciente de la musique, les promenades en forêt, le contact avec la nature et les animaux, etc..) est à mon sens indispensable pour progresser sur ce chemin

Oui, tout ça j'essaye de le faire, mais la question est toujours : comment trouver le temps de le faire régulièrement, notamment quand le besoin de sommeil est tout aussi important et nécessite lui aussi beaucoup de temps pour être comblé ? Les deux se font concurrence, le genre de question que je me pose est souvent : dormir ou méditer ? dormir ou me promener ? Car faire les deux (répondre correctement à mon besoin de sommeil et faire une activité méditative) régulièrement signifie qu'il ne me reste plus que très peu de temps pour répondre à mes obligations ou à mes envies (études, travail, envie de sorties, de voir des ami.e.s, de passer du temps à faire des recherches sur internet sur comment soigner la spasmophilie...), et que ce sont du coup mes envies qui sont sacrifiées : pour peu que j'ai beaucoup de travail, ne restent plus alors que le travail, le sommeil et la méditation ! Ce qui est un mode de vie un peu trop ascétique pour moi ;) Du coup je me fais des plannings super précis pour essayer de tout concilier, mais je n'arrive jamais à les respecter... Finalement la fatigue l'emporte et j'ai tendance à privilégier le sommeil et à délaisser les activités méditatives... Pourtant je sais que la méditation est une des voies qui aide à soigner la spasmophilie. Mais le repos en est une aussi. Du coup je ne sais pas trop quoi faire...
Depuis deux jours j'ai trouvé une sorte de combinaison des deux mais qui ne fait peut-être pas une assez grande place à la méditation. Le soir, juste avant de me coucher, je me fais des auto-massages, puis je fais des étirements, puis je fais 5 minutes de cohérence cardiaque, le tout pendant 45 min-1h, en essayant d'être en "pleine conscience" pendant tout ce temps. Je me suis dit que dans le cas où je serais trop agitée au moment de commencer cette séance, je pourrais plutôt commencer par essayer d'écouter de la musique calme attentivement. C'est ce que je vais faire ce soir je crois...
En effet pour moi la méditation sans un équivalent physique comme le yoga ou les étirements et massages n'est pas suffisante. Une bonne séance de méditation dure donc au minimum 1h pour pouvoir combiner les deux. Et quand on passe déjà 2h dans le transports voire plus dans la journée et qu'on essaye de dormir le plus possible 1h dans une journée tous les jours c'est très difficile à trouver... Peut-être devrai-je me contenter de moins ? 1/2 de yoga et méditation par jour ? Quand je fais ça en général je suis frustrée car mon corps et mon esprit me demandent plus de détente et de lâcher-prise, qui sont tout juste ébauchés...
Mais peut-être suis-je en train de malgré tout trouver la solution. Le fait de faire une séance méditative le soir est nouveau pour moi. Avant je n'avais la motivation pour le faire que le matin. Mais mes troubles du sommeil me forcent à trouver du lâcher prise à ce moment-là, et c'est peut-être un moyen de réduire la fatigue en améliorant la qualité de mon sommeil, et ainsi de briser le cercle vicieux...
Et pour finir, je t'invite à observer la pensée racine, la pensée «moi». Tu me diras ce que donne cette observation...
J'ai complètement oublié cette partie de ton message depuis que je l'ai lu la dernière fois. Surement parce-que j'étais préoccupée par d'autres choses. Je vais essayer de trouver le temps et l'énergie de le faire d'ici à mon prochain message.

Bien à toi,
Jeanne

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Mon Nov 21, 2016 12:12 pm

Bonjour Michel,

Concernant la pensée "moi" ou "je", j'ai noté deux chose :
- elle et omniprésente : quasiment toutes "mes" pensées se rapportent directement à "moi"
- il est impossible de s'en débarrasser en utilisant le langage courant : pour pouvoir penser le non-soi il faut inventer de nouveaux mots et de nouveaux verbes. Par exemple à la place de penser : "je veux aller sur le forum" on peut se dire "cet inter-être (cet être interdépendant des autres et de son environnement) est voulu (les conditions sont réunies pour que la pensée "je veux" apparaisse dans sa conscience) aller sur ce forum"...

Bien à toi,
Jeanne

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Chronophonix » Mon Nov 21, 2016 3:56 pm

Bonjour Jeanne

Mais peut-être suis-je en train de malgré tout trouver la solution.

Concernant la pratique, il semble donc que tu commences à trouver par toi-même la réponse à tes interrogations...

Et quand on passe déjà 2h dans le transports voire plus dans la journée

Voilà une excellent occasion de méditation : dans les transports, on a du temps pour observer tout ce qui se trouve autour de nous, les gens, les sons, les formes, les couleurs, et tout cela change tout le temps, tout cela est toujours nouveau à chaque instant, il suffit de regarder...

Concernant la pensée "moi" ou "je", j'ai noté deux chose :
- elle et omniprésente : quasiment toutes "mes" pensées se rapportent directement à "moi"

Oui, c'est la condition humaine habituelle.

- il est impossible de s'en débarrasser en utilisant le langage courant : pour pouvoir penser le non-soi il faut inventer de nouveaux mots et de nouveaux verbes.

S'il suffisait de penser le non-soi pour s'en débarrasser, les mots nécessaires auraient été trouvés depuis bien longtemps !
Pour savoir si quelque chose existe ou non, il faut d'abord tenter de le trouver. Si la recherche est fructueuse, parfait. Si elle ne l'est pas, il faut continuer, jusqu'à ce que tôt ou tard, l'évidence s'impose : ce que je cherche n'existe pas.

Je t'invite donc à chercher et trouver ce «moi-je». C'est une pensée, certes, mais accompagnée d'un ressenti, une conviction émotionnelle. Par l'observation directe, il faut donc trouver où est ce «moi-je». Dans la tête ? Dans la poitrine, dans le ventre ? Le dos, les membres ? Où donc se niche «moi-je» ? Dis-moi...

Bien à toi
Michel
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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Thu Dec 01, 2016 7:27 pm

Bonsoir Michel,

Je suis donc de retour après un long silence. Je suis extrêmement fatiguée en ce moment, et les quelques échanges qu'on a eus jusqu'à maintenant m'aident beaucoup à surmonter tous les désagréments qui vont avec (spasmophilie, découragement face à la difficulté du problème à régler...).
Je continue à méditer le soir, assise, sans limite de temps, jusqu'à ce que j'aie l'impression d'être un peu plus calme physiquement et mentalement, et à d'autres moments de la même façon, quand je me sens trop tendue et que j'ai besoin du calme de la méditation. Ca m'aide beaucoup à dormir et à me sentir mieux.
Pour moi ça n'a rien de comparable avec la méditation que je peux faire parfois dans les transports. L'agitation des transports rend beaucoup plus difficile de trouver le calme, d'autant qu'il faut faire attention à ne pas se tromper de sens du métro ou ne pas louper son arrêt... (ça m'est déjà arrivé parce-que j'essayais de méditer ^^)

Quand je pense à "moi", je ne lui trouve pas de localisation, a part dans ma tête, dans mes pensées. Le "moi" est un produit de mes pensées.

Pour "moi" les mots et l'invention de nouveaux mots plus appropriés pour décrire la réalité sont une aide importante, même si je ne voulais pas dire qu'ils se suffisaient à eux-même. Je voulais dire qu'ils me paraissaient être une condition préalable à la cessation de la croyance inconsciente en l'existence d'un "moi". Comment habituer son inconscient au non-soi si on ne cesse d'utiliser les mots "je" et "moi" ?

Bien à toi,
Jeanne

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Chronophonix » Mon Dec 05, 2016 12:13 am

Bonsoir Jeanne

Pour moi ça n'a rien de comparable avec la méditation que je peux faire parfois dans les transports. L'agitation des transports rend beaucoup plus difficile de trouver le calme, d'autant qu'il faut faire attention à ne pas se tromper de sens du métro ou ne pas louper son arrêt...

Il n'est pas vraiment question de «faire» une méditation dans les transports. Il n'est pas question de s'extraire du contexte, bien au contraire, il s'agit d'être en connexion directe avec l'environnement immédiat : les formes, les couleurs, les sons, les odeurs, etc.., et en plus, de voir les pensées qui passent sans se laisser emporter par elles. Donc, la vigilance reste en alerte, et il n'y a pas de risque de louper son arrêt.

Le "moi" est un produit de mes pensées.

Oui, tout à fait. Une fois que cela est vu de façon certaine, l'emploi du pronom «je» n'est plus qu'une commodité grammaticale. Éventuellement, tu peux t'exprimer à la troisième personne, au moins pour toi-même : par exemple, la phrase «Quand je pense à "moi", je ne lui trouve pas de localisation, a part dans ma tête, dans mes pensées. Le "moi" est un produit de mes pensées.» va devenir «Quand Jeanne pense à son "moi", elle ne lui trouve pas de localisation, à part dans sa tête, dans ses pensées. Le "moi" est un produit des pensées de Jeanne.»

Bien à toi
Michel
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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Jyan » Mon Dec 05, 2016 1:01 pm

Bonjour Michel,

Concernant la méditation dans les transports, justement, c'est quand je me laisse absorber par mon environnement que je ne parviens plus à le percevoir de la manière "rationnelle" habituelle et que je loupe mon arrêt (je vois une écriture mais sans la lire, ou je lis sans faire le lien avec le fait qu'il faut descendre...).
Le second problème, c'est que j'ai l'impression que d'appuyer sur le bouton "vigilance" (pour éviter de louper mon arrêt) revient à éteindre immédiatement toute forme de méditation : l'agitation mentale revient immédiatement. Mais peut-être ne devrais-je faire qu'observer ce retour à l'agitation :)
Du coup pour toi il n'y a aucune différence de qualité entre le calme que l'on peut ressentir en méditation assise et l'état d'esprit que l'on peut avoir en méditant au milieu de l'agitation ? Est-ce que c'est simplement plus difficile de parvenir au même état de calme mental ?

J'en étais arrivée à la même astuce : dire mon prénom à la place de "moi" ou "je", c'est plus pratique que de faire des acrobaties grammaticales effectivement ;)

Je me posais une question sinon : l'autre soir j'ai fait des étirements puis j'ai médité jusqu'à me sentir très calme - plus que d'habitude. Je suis allée me coucher juste après, mais là, impossible de m'endormir : la tension physique et les pensées qui tournent en boucle étaient revenues (sans qu'il y ait de raison particulière à cette agitation). Comment expliquer ce changement brutal d'état d'esprit ? Est-ce qu'il y a quelque chose que j'ai mal fait ? D'habitude j'ai 'impression qu'au contraire la méditation m'aide à m'endormir...

Bien à toi,
Jeanne

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Re: "Je" sais que "je" n'existe pas, mais comment en être sûre ?

Postby Chronophonix » Tue Dec 06, 2016 1:07 am

Bonsoir Jeanne

Concernant la méditation dans les transports...

La vigilance à mettre en œuvre dans ces situations particulières doit garder un caractère ouvert : assumer en même temps l'expérience directe de ce qui apparait à la conscience sensorielle, et la pensée fonctionnelle pour garder le contact avec ce qui doit être fait. Ce n'est pas si facile, mais ô combien passionnant !

j'ai l'impression que d'appuyer sur le bouton "vigilance" (pour éviter de louper mon arrêt) revient à éteindre immédiatement toute forme de méditation

Il faut s'entrainer...et puis de toute façon, ce n'est pas un problème, puisqu'il est toujours possible une ou deux minutes plus tard de revenir à un vécu méditatif. Méditer 100 fois pendant une minute peut s'avérer plus fructueux qu'une seule fois pendant 100 minutes !

Mais peut-être ne devrais-je faire qu'observer ce retour à l'agitation

Exactement !

Du coup pour toi il n'y a aucune différence de qualité entre le calme que l'on peut ressentir en méditation assise et l'état d'esprit que l'on peut avoir en méditant au milieu de l'agitation ?

Sur un fond calme, paisible, immuable — la conscience — apparaissent des manifestations bien différentes selon que je suis chez moi assis sur un coussin ou plongé dans l'atmosphère trépidante d'une ville. Au niveau de la manifestation, il y a indubitablement une différence de qualité. Au niveau de la profondeur, aucune différence.

Quant à ta dernière interrogation, je n'ai pas la moindre idée sur le sujet. Serait-ce l'exception qui confirme la règle ? Un repas trop lourd ou trop arrosé ? Un évènement inhabituel au cours de la journée ? Vois si ça se reproduit...

Bien à toi
Michel
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